samedi 4 avril 2009

Chaussures et culotte

Une histoire pour répondre au défi lancé par Prax.

Quand elle était arrivée dans la maison, sa nouvelle place lui avait paru facile. La maison était grande soit, avec des parquets et beaucoup de fenêtres ; il y avait aussi les cheminées, c'est dur à entretenir des cheminées ; la maison était en hauteur avec un escalier central comme souvent dans les maisons bourgeoises. Mais sa chambre sous les toits était grande et elle voyait de sa lucarne toute la campagne environnante. Le dimanche après-midi, pendant son congé quand elle ne rentrait pas à la ferme chez sa mère, elle aimait rester dans sa chambre à lire des romans et à se rêver héroïne. Madame était gentille avec elle. Elle lui avait longuement expliqué en quoi consisterait son travail. Rien de bien différent de ses précédentes places, quoique un peu plus léger. Elle avait écouté en hochant la tête pour montrer qu'elle comprenait. Il lui faudrait briquer les chambres, celle de Madame et celle des enfants, descendre pour faire les quelques courses que pourrait lui réclamer la cuisinière, veiller au linge bien sûr et aussi tâche qui d'habitude ne revenait pas à la bonne, cirer les chaussures. Madame aimait les chaussures et ne souffrait pas de les savoir non cirées.

Le travail s'avérait facile et agréable. Elle repassait avec amour  les vêtements, elle approchait de sa joue la lourde semelle de fonte pour apprécier la chaleur du fer. Elle les pliait ensuite avec soin et les rangeait dans les armoires austères des chambres.  Elle entretenait les dentelles de Madame avec l'attention  d'un amant jaloux. Elle aimait le linge blanc, la douceur du satin, la souplesse de la soie, et la fraîcheur du coton. Elle utilisait pour les culottes de Madame des fers plus petits et plus légers et se gardait de les brûler.

Pour les souliers de Madame, elle utilisait différentes brosses, elle frottait, astiquait jusqu'à pouvoir se voir sur le dessus, elle gardait des chiffons doux pour caresser avec soin le cuir lustré.

C'était décidément une bonne place et le fait que Monsieur ait engagé un nouveau jardinier augmentait le plaisir à faire partie de la maisonnée. Elle le voyait tailler les rosiers, enter les fruitiers. Si elle savait astiquer, le nouveau jardinier, lui, s'y connaissait en bourgeon.

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Posté par Berthoise à 17:35 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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Commentaires sur Chaussures et culotte

  • Tu es décidément très douée pour les chutes !

    Posté par Tiphaine, samedi 4 avril 2009 à 20:41 | | Répondre
  • Bravo!!!!!
    C'est délicieux!

    Posté par valérie, samedi 4 avril 2009 à 22:03 | | Répondre
  • merci pour ce texte adorable qui me console de mon bilan comptable(6 heures d'affilée -épaules et cou en vrac et moral itou *) je préférerais aller me glisser sous ma couette... avec mes chats mais pas seulement :=)
    (*moral itou- moralité : j'aurais pas du rater le concours de l'école normale...pas de bilan comptable à faire)

    Posté par zigmund, samedi 4 avril 2009 à 23:42 | | Répondre
  • Zigmund > Ça y est le pensum est terminé, alors profitez bien des vacances.
    Valérie & Tiphaine > Merci les filles !

    Posté par Berthoise, dimanche 5 avril 2009 à 08:13 | | Répondre
  • Bravo pour la célérité : en voyant la photo, j'imaginais une histoire avec astiquer, tu as été la plus rapide

    Posté par Prax, dimanche 5 avril 2009 à 08:36 | | Répondre
  • Prax > le verbe s'imposait..

    Posté par Berthoise, dimanche 5 avril 2009 à 08:54 | | Répondre
  • Tu racontes si bien !!

    Posté par brigou, dimanche 5 avril 2009 à 09:38 | | Répondre
  • les délices de la bourgeoisie

    de bonnes places finalement que valet et servante dans une monde feutré à l'abri des soucis financiers.
    Joli texte.

    Posté par choule[bnkr], dimanche 5 avril 2009 à 11:54 | | Répondre
  • J'ai déposé mon com en dessous des chaussures... C'est ta jolie bannière qui m'a fait perdre la tête!!

    Posté par tilleul, dimanche 5 avril 2009 à 12:17 | | Répondre
  • Choule > mes grands parents étaient domestiques, gens de maison selon le terme employé, et quand nous avons emménagé dans cette maison, ma grand-mère en pleurait de joie.
    Brigou > Et toi tu es gentille.

    Posté par Berthoise, dimanche 5 avril 2009 à 18:17 | | Répondre
  • Bravo pour ce texte si bien écrit ! Et quelle chute (coquine !

    Posté par La Discrète, dimanche 5 avril 2009 à 18:30 | | Répondre
  • Bien. Je vois que je ne suis pas la seule à être une coquine, parfois

    Posté par Teb, dimanche 5 avril 2009 à 19:55 | | Répondre
  • Enfin une femme de ménage heureuse de son sort

    Cette vie en vaut bien une autre, et la sécurité matérielle semble assurée. De plus elle semble connaitre son métier, elle le fait avec attention.
    Amicalement Latil

    Posté par Latil, dimanche 5 avril 2009 à 20:55 | | Répondre
  • Oui, c'est une chute de rien ou de rein plutôt et elle est très bonne ! Bises

    Posté par Martin-Lothar, dimanche 5 avril 2009 à 22:02 | | Répondre
  • Martin-Lothar > Je n'ai pas dit que la petite bonne avait trébuché dans sa conduite.
    Latil > Tout n'était pas triste, heureusement.
    Teb & la Discrète > Je vois qu'en coquineries, Mesdames sont des expertes.

    Posté par Berthoise, lundi 6 avril 2009 à 12:23 | | Répondre
  • Bravo, le texte va à perfection avec l'image, sinon le contraire !

    ))))))))))))

    Posté par joye, lundi 6 avril 2009 à 13:54 | | Répondre
  • Joye > La photo précède le texte, mais pas l'idée du texte. Je ne sais pas si je suis très claire.

    Posté par Berthoise, mardi 7 avril 2009 à 07:10 | | Répondre
  • Je pense comprendre, mais quel que soit l'ordre de l'inspiration, c'est bon !

    Posté par joye, mardi 7 avril 2009 à 15:35 | | Répondre
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