jeudi 3 décembre 2015

Promo

J'ai reçu un mail du syndicat : j'ai été promue. Du coup, je suis allée voir mon barême. Le barême, chez les instit, c'est un savant calcul qui te donne un nombre de points, entrent dans ce calcul l'ancienneté et la note d'inspection. J'ai 55,928. Joli score qui me permet d'être promue. En vrai, j'ai 36 ans d'ancienneté, 35 ans 11 mois, 4 jours pour être précise.
Et bien après 36 ans d'ancienneté, je suis toujours stupéfaite et désarmée quand je suis face à des gamins qui ne veulent pas bosser, des gosses qui refusent de prendre leur crayon pour faire un exercice, qui croisent leurs bras et boudent. Pas moyen de les accrocher.
Je suis de passage. En ce moment, je ne reste pas plus d'une journée dans les classes, alors je n'ai pas le temps de trouver le levier qui enlèvera la chape de plomb qui les paralyse. Mais je suis toujours très triste de voir leur colère, leur refus.

http://lencyclopedix.free.fr/image/etrangers/hispaniques/pepe2.jpg

Et je me dis qu'ils n'ont pas fini de souffrir et d'emmerder le monde.

Mais bon, j'ai été promue. Dans 3 ans, je serai allée au bout du bout de la carrière. Et juste après, je pars en retraite. Si les règles n'ont pas encore changé d'ici là.

Posté par Berthoise à 20:22 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
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Commentaires sur Promo

  • Nous vivons, pour la première fois, dans une société où l'immense majorité des enfants qui viennent au monde sont des enfants désirés. Cela entraîne un renversement radical : jadis, la famille "faisait des enfants", aujourd'hui, c'est l'enfant qui fait la famille. En venant combler notre désir, l'enfant a changé de statut et est devenu notre maître : nous ne pouvons rien lui refuser, au risque de devenir de "mauvais parents"...
    Ce phénomène a été enrôlé par le libéralisme marchand : la société de consommation met, en effet, à notre disposition une infinité de gadgets que nous n'avons qu'à acheter pour satisfaire les caprices de notre progéniture.
    Cette conjonction entre un phénomène démographique et l'émergence du caprice mondialisé, dans une économie qui fait de la pulsion d'achat la matrice du comportement humain, ébranle les configurations traditionnelles du système scolaire.
    Pour avoir enseigné récemment en CM2 après une interruption de plusieurs années, je n'ai pas tant été frappé par la baisse du niveau que par l'extraordinaire difficulté à contenir une classe qui s'apparente à une cocotte-minute.

    Dans l'ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une "pédagogie de garçon de café", courant de l'un à l'autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail.
    Il est vampirisé par une demande permanente d'interlocution individuée. Il s'épuise à faire baisser la tension pour obtenir l'attention. Dans le monde du zapping et de la communication "en temps réel", avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de "faire l'école". Beaucoup de collègues buttent au quotidien sur l'impossibilité de procéder à ce que Gabriel Madinier définissait comme l'expression même de l'intelligence, "l'inversion de la dispersion".
    Dès lors que certains parents n'élèvent plus leurs enfants dans le souci du collectif, mais en vue de leur épanouissement personnel, faut-il déplorer que la culture ne soit plus une valeur partagée en Europe

    Philippe Meirieu, qui revient sur ses idéaux, apparemment...

    Posté par celestine T, jeudi 3 décembre 2015 à 22:24 | | Répondre
    • Dans votre commentaire (surtout dans la 1ère partie) je reconnais des propos de Martine Segalen, ethnologue et sociologue, qui a énormément travaillé sur la famille et les questions culturelles... si ce sujet vous intéresse, je vous conseille ses ouvrages... ils sont passionnants !

      Posté par ab, vendredi 4 décembre 2015 à 06:47 | | Répondre
      • Célestine cite Philippe Mérieu. Un guru qu'on nous servait à toutes les sauces, fut un temps.

        Posté par Berthoise, vendredi 4 décembre 2015 à 17:41 | | Répondre
    • "Il est vampirisé par une demande permanente d'interlocution individuée"
      C'est ça, on est pompé.

      Posté par Berthoise, vendredi 4 décembre 2015 à 17:38 | | Répondre
  • les enfants qui zappent , refusent les contraintes , pas de frustration , apprendre en s'amusant ...
    bref , je crois qu'il en faut une dose de patience pour enseigner
    heureusement , certains s'accrochent dur
    trois ans et c'est la quille ! je te souhaite de tenir bon d'ici là et ensuite , les grandes vacances !!!!

    Posté par Jeanne, jeudi 3 décembre 2015 à 22:40 | | Répondre
    • Tu sais, les gamins vivent de drôles vies. Certains, dès l'âge de 3 ans, se paient 12 heures de collectivité par jour. C'est pas humain. Le bruit, les autres. Pas étonnant qu'ils aient envie qu'on s'occupe d'eux, tout seul.

      Posté par Berthoise, vendredi 4 décembre 2015 à 17:45 | | Répondre
  • Comment ? En France, ce ne serait pas comme chez nous, ils ne changent pas les règles tous les trois mois ?

    Posté par Walrus, jeudi 3 décembre 2015 à 23:28 | | Répondre
    • Pas tous les trois mois, mais souvent quand même.

      Posté par Berthoise, vendredi 4 décembre 2015 à 17:35 | | Répondre
  • c'est bien, de savoir à quel âge on aura sa retraite

    Posté par Adrienne, vendredi 4 décembre 2015 à 06:25 | | Répondre
    • J'ai dit "SI". ;S

      Posté par Berthoise, vendredi 4 décembre 2015 à 17:34 | | Répondre
  • Ma mère, instit en cp garçons disait en 1955 que les pires étaient ceux qui venaient de l'école maternelle alors que ceux restés à la maison étaient plus sages. La classe comportait 44 élèves !
    Cette année-là, Maman a été très malade, sa remplaçante fut inspectée, elle avait du mal à faire respecter la discipline, alors un bambin s'est retourné et a dit à Monsieur l'inspecteur : "Va donc voir chez les filles si elles sont plus sages !"

    Je n'aurais pas su écrire aussi bien le commentaire de Célestine, mais l'approuve pleinement ! j'ajouterais cependant que je suis aussi effarée par les erreurs dans les cours que rapportent mes petites filles et les fautes de français dans les mots écrits par les enseignants.

    Posté par camille-madelein, vendredi 4 décembre 2015 à 08:21 | | Répondre
    • Les enfants dont je parle ne sont pas indisciplinés. Ils sont absents, passifs. Et de vraies savonnettes, très difficiles à saisir.

      Posté par Berthoise, vendredi 4 décembre 2015 à 17:37 | | Répondre
  • toute cette discussion est passionnante, et le commentaire de Celestine fort intéressant (je remarque ces changements quand je vais dans les écoles, quand je côtoie des enfants élevés avec "bienveillance" un joli mot qui fait peur)
    Les enfants sont des savonnettes mais tu ne t'en laves pas les mains pour autant. Quelquefois ils sont aussi comme des petites boîtes vides...

    Posté par merecastor, vendredi 4 décembre 2015 à 17:51 | | Répondre
    • C'est dur de dire non. Mais, il faut s'entraîner. C'est plus facile de dire non à un enfant de 4 ans qu à un ado de 15.

      Posté par Berthoise, samedi 5 décembre 2015 à 10:25 | | Répondre
  • Comme toi je suis souvent frappé par cette impression de colère (pas toujours contenue) que dégagent beaucoup d'enfants et d'ados.
    Quand tu leur parles doucement et lentement ils te regardent comme si tu tombais de Saturne.
    Ils nous est arrivé, à HB et moi au jardin de dire "Cool les mômes, pas besoin de hurler, on vous écoute".
    Et ils trouvent ça bizarre.
    Ils ne doivent pas avoir l'habitude qu'on les écoute.
    A les regarder et les entendre quand on va au jardin avec Merveille, j'ai l'impression qu'on leur évite toute frustration, qu'on les achète pour avoir la paix mais qu'on ne les écoute pas et qu'on ne leur laisse même pas le temps de s'ennuyer.

    Posté par le_gout_des_aut, samedi 5 décembre 2015 à 10:03 | | Répondre
    • Déjà, bébé, on leur fourre une tétine dans le bec dès qu'ils émettent la moindre protestation.

      Posté par Berthoise, samedi 5 décembre 2015 à 10:21 | | Répondre
    • Tiens, c'est ce que je fais avec Lucie (entre autres) : je la laisse s'ennuyer...

      Posté par merecastor, samedi 5 décembre 2015 à 16:03 | | Répondre
  • Mais bon, ce n'est qu'une impression.
    Après tout, on ne vit pas avec eux.

    Posté par le_gout_des_aut, samedi 5 décembre 2015 à 10:03 | | Répondre
    • Et bien, moi, je vis avec eux, et j'ai la même impression.

      Posté par Berthoise, samedi 5 décembre 2015 à 10:22 | | Répondre
  • Suivant le jardin où on va avec Merveille et depuis peu avec la petite, les jardins sont plutôt plus calmes et les enfants plus joyeux lorsqu'on se trouve dans un coin de ville privilégié, lorsqu'on part au travail à l'aube, que les enfants sont déposés et repris tard, ils sont fatigués et le travail scolaire ne les intéresse pas.
    La génération qui a la quarantaine n'est pas laxiste avec ses enfants, ils sont les enfants de la génération Peace and love et ils ne veulent pas faire comme leurs parents comme nous on a refusé de faire comme les nôtres.

    Posté par heure-bleue, samedi 5 décembre 2015 à 10:56 | | Répondre
    • Je sais pas comment sont les parents de ces enfants, mais je constate qu'ils refusent de s'intéresser et plus encore de participer ou de fournir un travail.

      Posté par Berthoise, samedi 5 décembre 2015 à 15:34 | | Répondre
  • Une promotion ? Buvons un coup buvons en deux !

    Je devrais m'arrêter là en guise de commentaire mais je le pose quand même celui-là : je me demande pour ma part si ce ne sont pas ceux qui "veulent bosser, des gosses qui ne refusent pas de prendre leur crayon pour faire un exercice, qui ne croisent pas leurs bras et qui ont compris tout l'intérêt du système et surtout d'être le premier dans le système" qui vont nous emmerder encore plus que les autres... en changeant par exemple l'âge du départ en retraite ?

    Elle est-où celle-là ? Ah, ici :

    https://www.youtube.com/watch?v=5WwOg6hi5Gg

    Posté par Joe Krapov, samedi 5 décembre 2015 à 14:37 | | Répondre
  • Je crois qu'il n'y a pas de futures nozelites dans les classes où je vais.
    Mais oui, buvons un coup.

    Posté par Berthoise, samedi 5 décembre 2015 à 15:36 | | Répondre
  • Instit' en promotion ! Garantie 3 ans !

    Si la promotion tient plus ou autant du mérite que de l'ancienneté, bravo ! Sinon, bravo quand même ! Il y a du mérite à tenir si longtemps en (il me semble) bon état.

    Posté par Cristophe, samedi 5 décembre 2015 à 18:53 | | Répondre
    • Merci Cristophe !
      Je suis d'accord c'est méritoire de durer.

      Posté par Berthoise, dimanche 6 décembre 2015 à 14:24 | | Répondre
  • Ces petits sont tellement idéalisés et peu frustrés qu.ils ne savent pas ce qu'est le goût de l'effort et ils ingurgitent des jeux de manière passive , écrans , tablettes , qu'ils leur devient difficile d'entrer dans un monde réel où on apprend par coeur , oû on rabâche . Je constate que les enfants ne sortent pas beaucoup jouer dehors , les vacances se passent sur un canapé , devant des écrans , pas étonnant qu'ils zappe trop les consignes .

    Posté par Brigitte, samedi 5 décembre 2015 à 19:27 | | Répondre
    • Dans nos villes dortoirs, les gens ont des vies de dingues : 12 h de collectivité pour les enfants, des heures de transport pour leurs parents qui n'en peuvent plus. Et c'est un choix par défaut que de venir ici. C'est parce qu'ils ne peuvent pas vivre plus près de leur lieu de travail à cause des loyers.
      Dure vie !

      Posté par Berthoise, dimanche 6 décembre 2015 à 14:27 | | Répondre
  • Bon le réseau Wi-Fi déconne et mon commentaire s'est perdu. Tu as encore cette étincelle, tu as vu ? Celle d'amener quiconque sur la voie de la connaissance.

    Posté par Livfourmi, dimanche 6 décembre 2015 à 14:13 | | Répondre
    • Je ne suis pas encore blasée, pas encore tout à fait. Un peu parfois. mais pas toujours.

      Posté par Berthoise, dimanche 6 décembre 2015 à 14:28 | | Répondre
      • D'où cette tristesse... Ils ont de la chance de t'avoir comme prof.

        Posté par livfourmi, lundi 7 décembre 2015 à 11:00 | | Répondre
  • Chère Berthoise, Je vous souhaite sincèrement de terminer sereinement votre carrière. Nous avons le même age je crois et 7 ans et des brouettes à tirer pour arriver au fameux age légal de la retraite.
    On n'y est pas ! En ce moment, avec mes collègues nous sommes confrontés à un plan de sauvegarde de l'emploi, c'est à dire qu'on en supprime des emplois. Avant, ils appelaient ça « plan social » et ça n'avait pas grand chose de social. C'est pas le premier plan de ma carrière et j'espère bien passer au travers pour celui ci. Ce n'est pas le travail qui me manquerait mais le confort d'un revenu mensuel assuré. Je croise les doigts mais j'ai bien l'impression que si ce n'est pas à ce coup là ça sera au prochain (que l'on sent poindre) ... La vie est un long fleuve tranquille et je leur souhaite bien du courage à vos petits élèves.

    Posté par lucm.reze, dimanche 6 décembre 2015 à 17:56 | | Répondre
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