lundi 4 septembre 2017

Un tableau, une histoire de Lakévio : Une si jolie veste.

 

Aldo Balding-www

Je les ai vus. Enfin ! Je savais où ils avaient rendez-vous et à quelle heure. J'y suis allée un peu en avance, l'histoire de repérer les lieux, de ne pas être prise au dépourvu quand il faudra agir. Elle, elle a eu un peu de retard. Il a attendu.

J'ai grincé devant la veste en velours, celle qui va bien, qui lui fait une silhouette de rêve. J'en ai cherché une comme ça. Chou blanc, je n'ai rien trouvé qui m'aille. Évidemment pour elle, c'est plus facile. Elle est fine. Élégante aussi avec son bun et sa nuque dégagée.

Je les ai regardés un moment. Apparemment il y a de l'eau dans le gaz. Il ne fait pas un geste vers elle, il garde ses mains dans ses poches au lieu de l'enlacer. Ça ! Il ne supporte pas les retards.

Je n'en crois pas mes yeux. Il a l'air mauvais, cet air que je lui connais si bien et que je croyais m'être réservé. Je suis trop loin pour entendre ce qu'il lui dit, pour entendre ce qu'elle lui répond. Mais je peux comprendre, je le connais si bien. Il lui fait des reproches en sifflant entre ses lèvres serrées. Je connais cette humeur, je la connais si bien. Elle aussi visiblement. Elle baisse la tête, elle sait qu'il est inutile de se défendre, ça ne fait qu'envenimer les choses, qu'exacerber sa hargne.

Ben mince. Heureusement qu'ils sont dehors, je crois qu'il est mûr. À point pour l'explosion de colère et son cortège de violence. Bon, dehors, il se tient. S'il te propose de le suivre, n'y va pas.  Quoi ? J'ai pitié ? La solidarité féminine ? Laissez-moi rigoler. Moi qui voulais profiter de sa présence pour faire une scène : un flagrand délit d'adultère, c'est l'occasion révée pour se libérer de son conjoint devenu bourreau, moi, me voilà engluée dans la pitié et le besoin de la protéger.

Allez, ma fille, faut te remuer, tu l'as, ton flagrand délit. Tu lui craches ses quatre vérités, à ce tyran des alcoves et au lieu de partir  seule en te drapant dans ta dignité, tu la prends par le bras et vous partez comme des vieilles copines en le plantant là.

Posté par Berthoise à 06:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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Commentaires sur Un tableau, une histoire de Lakévio : Une si jolie veste.

    tu es adorable
    j'aime énormément l'idée de ton scénario; bravo!

    Posté par Adrienne, lundi 4 septembre 2017 à 06:44 | | Répondre
  • Ah !
    Toi aussi tu avais repéré que c'était un sale con !
    Bien vu.
    Bien raconté.

    Posté par le_gout_des_aut, lundi 4 septembre 2017 à 08:11 | | Répondre
  • Une gentille

    Posté par Brigou, lundi 4 septembre 2017 à 08:17 | | Répondre
  • Ça me rappelle le MLF...

    Posté par Walrus, lundi 4 septembre 2017 à 10:15 | | Répondre
  • Toi aussi tu en as fait un cogneur !

    Posté par heure bleue, lundi 4 septembre 2017 à 10:31 | | Répondre
  • Pauvre homme !!! j'ai presqu'envie de le défendre car parler à quelqu'un qui se tient raide et ne vous regarde même pas, c'est pas évident pour un dialogue.

    Mais, au fait, c'est toi qui écrit ....

    Posté par Sophie, lundi 4 septembre 2017 à 10:58 | | Répondre
  • Adultère, cogneur, les scénarios des unes et des autres se rejoignent

    Posté par Fabie, lundi 4 septembre 2017 à 11:52 | | Répondre
  • Ah, ah, peut-être est-il trop "clean" pour être honnête, qu'il a eu le mauvais rôle comme ça. Mais ici, c'est vraiment fort... Elle fait bien (la narratrice) de s'en aller avec la jeune fille. Il faudrait mettre une pancarte sur son dos (à lui) : à ne pas approcher...

    Posté par Pivoine, lundi 4 septembre 2017 à 13:04 | | Répondre
  • J'ai dit ... brrr chez heure-bleue, je le redis chez toi !!! elle est sympa quand même de s'occuper de la petite !!

    Posté par colettemoi, lundi 4 septembre 2017 à 18:31 | | Répondre
  • Ancun(e) blogueur (se) n'a eu d'indulgence pour LUI, sauf une !

    Posté par bourlingueuse, lundi 4 septembre 2017 à 20:55 | | Répondre
  • faut dire qu'il n'a pas l'air .... chaleureux! J'aime bien ta fin !

    Posté par emiliacelina, lundi 4 septembre 2017 à 21:20 | | Répondre
  • Ah que c'est bon ! Que ça fait du bien ! Bravo, Berthoise. Mais oui, qu'elle n'oublie pas la photo d'abord puis, sauvetage, qu'elle parte avec la copine ! Non, mais.
    Bravo.

    Posté par lakevio, vendredi 15 septembre 2017 à 13:49 | | Répondre
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