c'est du tout venant

Le tout venant, c'est ce qui n'est pas trié.

samedi 14 novembre 2009

Les gens, la vie et le regard.

Les gens. Les gens sont étranges. Je les vois vivre. Je sais des choses d'eux, des bribes de leur vie. Je côtoie leurs enfants. Je partage des moments avec eux. Et puis, je découvre une facette que je n'attendais pas, qui m'émeut ou me déplait. Et l'image que j'avais construite est toute floue parce qu'elle ne correspond plus à ce que je sais maintenant. J'ajuste, je revois. Je m'étonne de ne pas avoir soupçonné ce visage qui m'est tout à coup révélé.
Il en est de même avec les blogs que je visite. Je lis, je regarde, j'admire. J'admire beaucoup. Et j'invente un auteur, un personnage, j'oublie que ce que j'ai lu est une façade, alors que je devrais le savoir, on ne donne à lire que ce qu'on a envie. Je le sais. Surtout, ne croyez pas tout ce que je raconte. En visitant mes blogs favoris, j'ai lu ce matin, un billet qui m'a émue. L'auteure y dit son mal de vivre. Est-ce encore une vitrine ou bien lève-t-elle soudain le voile sur  de vrais tourments ? J'ai senti, dans ce billet, de la sincérité et j'en suis abasourdie. Comment, elle qui écrit une joie de vivre pétillante, légère et enjouée, comment peut-elle à ce point, cacher sa souffrance ? Je suis assurément crédule pour me laisser abuser ainsi par des miroirs aux alouettes. Non, pas abuser, il y a dans ce terme une volonté de nuire qui n'est pas justifiée. Quand j'écris des bobards, je ne veux pas tromper le monde, je joue, comme, lorsqu'enfant, je me déguisais et endossais  un habit de princesse. Est-ce la pudeur, ou encore le désir d'oublier un quotidien qui pèse ? J'ai été surprise de découvrir un tel mal-être.
Et là, je ne sais pas comment terminer ce truc, qui n'est même pas un billet. Je sais que certains ( dont madame de K ) boycottent d**zer, mais je n'ai pas de roue de secours et j'aime beaucoup ça. " Jadwa" de Jon Balke.

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mercredi 11 novembre 2009

Deux heures

Madame de K. dit que le distributeur de musique profite de notre assiduité pour nous refiler des pubs sonores en douce. Je ne sais pas, je n'ai pas encore entendu. Si par un hasard extraordinaire ou une science des techniques remarquable, vous, qui savez, avez trouvé ce qui me permettra d'écouter et de découvrir de jolies musiques, n'hésitez pas à m'en faire part. Je ne suis pas très forte, ni très à la pointe de la dernière technologie, alors je ne me lance pas dans un nouveau support audio, j'ai toutefois envie de vous faire écouter ma toute récente découverte.

La trouvaille du jour, c'est Andy Sheppard.
Moi, j'aime bien et ça correspond bien à l'humeur du moment, un rien mélancolique, pas pêchue pour deux sous. Une humeur de coin du feu, de coussins et de courtepointe, de thé épicé et de biscuits, une humeur de baisers dans le cou et de main dans la main, une humeur de tendresse et de mots doux. Je finirai par admettre que l'automne peut avoir du bon.


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mardi 10 novembre 2009

Léon

Mon grand-père s'appelait Léon. Je l'appelais Papa Léon comme tous ses autres petits enfants, toute une tripotée, j'ai plein de cousins. Mon grand-père était jardinier chez monsieur Jean. Jardinier-chauffeur, c'est bizarre comme titre, mais c'était le sien. C'était le jardinier-chauffeur du médecin du village. Quand j'étais enfant, il travaillait encore, mais ne conduisait plus pour le docteur. Il rentrait déjeuner le midi. Il avait un fauteuil près de la porte de la cuisine. Il s'y asseyait, après s'être déchaussé, et en attendant que son assiette soit servie, il fumait des maïs qui empestaient et lisait le quotidien régional. Il avait, agrafée à sa poche de chemise ou à son pull, une épingle à nourrice. À chacun ses décorations.

Il chantait à la fin des repas de famille quand il avait un peu bu, juste un peu, il était plutôt sobre, " Le petit Parisien", une chanson longue et drôle dont tout le monde reprenait le refrain. Il valsait aussi. Il aimait danser et je me souviens avoir tourné avec lui aux banquets de mariage de mes cousines. Accepter une invitation de lui, c'était courir le risque de ne pas avoir un autre cavalier et pourtant aux mariages des cousines, il y avait plein de cavaliers, j'ai beaucoup de cousins. C'était un petit homme, large d'épaules, il avait une force considérable dans les mains. Il était capable de casser une noix avec une seule main, rendez-vous compte, une seule main. Un tel exploit faisait de lui un héros chez ses petits enfants.

C'était une crème d'homme ; un adorable grand-père, un modèle de grand-père, un peu effacé peut-être, mais si gentil.

Le petit Parisien









Paroles et Musique: Charlys  

Quand Sidonie vint au monde un matin
C'était déjà une enfant très précoce
Elle étonna ses parents, ses voisins
Elle vint au monde, un journal à la main.

{Refrain:}
Mais qu'est-ce qu'elle faisait
Elle lisait le P'tit parisien
Elle s'intéressait à la politique
Elle lisait le P'tit Parisien
L'plus fort tirage des journaux du matin.

À 14 ans, elle s'enfuit sans regret
De chez sa mère qui prévint l'commissaire
On l'a r'trouva dans les water-closet
Ça f'sait déjà plus d'huit jours qu'elle y était.

À 40 ans, on l'emmène en taxi
Pour une opération d'appendicite
Le chirurgien saisit son bistouri
Et pendant qu'on lui charcutait l'nombril.

À 60 ans, elle passa sous l'métro
Ce fut vraiment un spectacle effroyable
Tous les wagons lui passèrent sur le dos
Mais on la vit ressortir aussitôt.

À 120 ans, enfin, elle mourut
À l'enterrement les chevaux s'emballèrent
La bièr'tomba dans la rue, et s'ouvrit
Et l'on vit ce qu'on avait jamais vu.

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samedi 7 novembre 2009

La betterave adoucit les mœurs

Quand je vais travailler, je ne croise pas que de belles bêtes, il y a aussi des champs, de grands champs, et des bois.
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Ce qui est devant en vert, ce ne sont pas des salades, mais les fameuses betteraves qui font notre fierté, derrière vous voyez que l'arrachage a déjà commencé, la terre est à nu, et plus loin, il y a un tas  qui attend d'être transporté jusqu'à la sucrerie voisine dans des camions énormes ( vous vous rappelez, je vous en ai déjà parlé). Comme le faisaient remarquer quelques commentateurs pertinents, la betterave a du bon, elle donne le sucre.
Cet après-midi, j'ai œuvré en cuisine. Demain, nous recevons la famille. C'est toujours une épreuve. Mais, comme la vie n'est pas une vallée de roses, il faut savoir affronter les épreuves. J'ai donc passé quelques heures à éplucher, à faire revenir, à mijoter. J'ai aussi préparé des pommes au four et des petits sablés ( avec le sucre des betteraves mentionnées ci-dessus) que je servirai avec une boule de glace ( c'est de saison). J'espère savoir prendre assez de distance demain pour accueillir tout le monde avec le sourire. Quand je suis dans mes petits souliers, et que j'ai l'impression de marcher sur des œufs, il ne faut pas trop me chatouiller les orteils car je deviens très vite désagréable.

Tout va bien se passer, je le sais (je suis une adepte de la méthode Coué), mais j'ai hâte d'être demain soir.

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mercredi 4 novembre 2009

Je suis buffle

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Il y a des femmes que les chevaux font rêver, que les grands galops émeuvent, qui étreignent les montures, se réjouissent de l'odeur du crottin. Je suis un peu montée à cheval, c'était sympa, mais ça n'a pas déclenché chez moi une folle passion. Mais, je croise quand je vais travailler un animal qui me fascine par sa force, sa placidité et sa puissance.

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Je ne lui souffle pas sur le mufle, je ne lui caresse pas les flancs et je ne fais pas boucler les poils de son encolure. Je me contente de l'admirer. De loin.

 

Le Buffle

Principal atout ténacité, équilibre, patience
Gros défaut égoïste, mauvais joueur, complexe du conquérant, être le premier à fouler le sol ou vous faire chavirer...
Il aime se retrouver seul, laisser libre cours à son originalité, prendre son temps et jouir pleinement des choses.
Il n'aime pas l'échec, la foule, les débordements sentimentaux, être subalterne.
En amour accorde davantage d'importance à son indépendance qu'à la passion, tout en attendant de ses partenaires une certaine régularité
Son désir en n'importe quelle circonstance, se sentir libre d'abord et avant tout.
Côté finances un peu regardant question argent. Supporte mal les associations.
Dominante Yin

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lundi 2 novembre 2009

Noble suite

Nous habitons en province. En province, pour peu qu'on y prenne garde ou bien qu'on ait des habitudes, on rencontre souvent les mêmes gens. Nous faisons nos courses dans un supermarché, toujours le même, le samedi midi. Nous y croisons les mêmes têtes. Il y a des personnages qui m'intriguent. Je suis plutôt curieuse et aime regarder les gens.

Ils sont trois qui arrivent en fourgonnette blanche immatriculée dans la Seine Maritime. Devant marche le plus grand, c'est lui qui conduisait. Sec, décharné, très droit, le visage tanné surmonté d'une tignasse drue, poudrée et grise, il avance à grandes enjambées. Il y a dans son maintien, une noblesse que dément ses vieilles fripes. Il porte une veste cintrée qui accentue sa maigreur. Les jambes de son pantalon  de tergal plissent au-dessus de ses godillots. C'est lui qui pousse le chariot et paraît décider de ce qu'il faut pour le remplir.

Elle le suit. Petite, tassée, compacte sans être grosse, elle le suit. Ses cheveux longs en fontaine d'un blond filasse pleurent sur son visage fermé. Pas un sourire, pas un regard pour qui la croise. Elle est habillée, comme un homme, un pauvre homme : un vieil anorak sans forme, ni couleur. Elle semble terne, éteinte. Elle hésite dans les rayons, jette un œil vers son compagnon, guette son approbation.

Vient le troisième comparse. Plus petit, plus coloré, plus vivant aussi. Il ferme la marche des deux larrons en regardant autour de lui. Il tient dans sa main fermée en coque une cigarette dont il se débarrasse d'une pichenette avant d'entrer dans le hall du magasin. Il est moins droit que le premier, moins maigre, moins impressionnant. Sa chevelure est fournie d'un roux qui fut certainement flamboyant mais qui, mêlé de gris, a perdu de sa magnificence. Il parle à ses compagnons qui lui répondent d'un signe de tête. Il semble plus accessible, plus gai, moins arrogant. Pour un peu, il répondrait si on lui adressait la parole.

Ces trois-là sont sales, sans être crasseux-poisseux, poussiéreux comme s'ils venaient d'être retrouvés dans un vieux hangar, comme ces objets qu'on chine sur les brocantes et qu'il faut lessiver pour leur ôter le voile qui les ternit et leur redonner leur superbe.


Les saltimbanques

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samedi 31 octobre 2009

31 octobre

Je rentre de la ville voisine où j'ai croisé de nombreux enfants grimés qui passent dans les commerces pour quémander quelques sucreries. Je ne raffole pas de la fête importée à grands coups de pub, mais j'aime beaucoup Tim Burton et " The Nightmare before Christmas " est un de mes films préférés. La musique de Danny Elfman y est très importante, il s'agit d'une comédie musicale. Les monstres sont humains et pleurent et aiment. Les plus vilains ne sont pas les plus méchants. Si vous en avez l'occasion, allez voir le film sur grand écran en version originale, après vous me direz si vous avez aimé.

Tiens, j'irais bien au cinoche, moi.

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vendredi 30 octobre 2009

Le vrai plaisir des séparations

Je suis partie quelques jours voir si le soleil était plus brillant sous d'autres cieux. On ne m'avait pas raconté d'histoires. J'ai pris un coup de soleil, j'ai regardé l'océan frimer avec ses grosses vagues. Mes hôtes m'ont reçue avec gentillesse et attention. Ils m'ont montré les spécialités locales.
J'ai vécu des expériences inédites. J'ai testé l'état de pâte au bouillon. Je savais que par moment, j'étais un peu nouille, mais je n'avais jamais poussé le vice jusqu'à vivre physiquement cet état. Après plusieurs heures à mijoter à petit feu, pétrie par une eau plus vigoureuse que les mains d'un masseur, je suis sortie plus molle qu'une coquillette trop cuite. Je me suis ensuite écroulée sur le canapé de mon amie et endormie pendant ses confidences. Ce n'est pas très glorieux. Rendez-moi
les eaux toniques de Concarneau et je serai plus attentive. Non, c'est inutile d'aller à Concarneau. J'ai pris un bain de mer un 29 octobre. C'était un peu frais, mais j'ai de l'entraînement, il fait parfois moins chaud en plein été. J'ai pris un bain de mer pendant les vacances de Toussaint.( jusqu'aux épaules, j'ai nagé, je précise pour ceux qui  pensent que j'ai juste trempé le bout de l'orteil)

Il y a un vrai plaisir dans les séparations. Quand on vit depuis longtemps avec la même personne ( pour moi, c'est mon mari ), on ne voit plus que les défauts, les qualités sont des évidences qu'il ne convient plus de relever. Je dis "on", mais peut-être êtes-vous plus sage que moi. Moi, je vis avec lui depuis si longtemps que j'en oublie pourquoi on s'est choisi. Notre mode de vie est un peu atypique et étonne nos amis. Nous n'avons pas le même rythme ( il aime veiller, je me couche et me lève affreusement tôt), nous n'avons pas les  mêmes intérêts, j'avoue ne pas me passionner pour les conquêtes franques ou l'influence des indo-européens, il est insensible à la musique. Mes amis ne sont pas toujours les siens, et j'ai parfois du mal à supporter ses copains. Voilà pourquoi, il est indispensable que nous nous séparions de temps en temps pour retrouver un espace de liberté qui nous est nécessaire. Une fois par an, je le laisse pour me balader et faire des choses rien que pour moi. Mais, je l'ai appelé l'autre matin et il m'a dit que je lui manquais et pas seulement parce qu'il n'avait plus de café, qu'il m'attendait, qu'il comptait les jours ( une seule main ), j'étais toute chose et je me suis dit que le vrai plaisir des séparations, c'est de savoir se retrouver.

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dimanche 25 octobre 2009

Procrastination

Il y a des gens qui remettent au lendemain ce qu'ils devraient faire le jour même. Procrastination, c'est comme ça que ça s'appelle. On ajourne la corvée, on traîne des pieds devant l'effort. Je ne fais pas exception, là, regardez, je devrais être en train de faire mon sac, je pars ce soir. Et puis non, je lambine, je flâne, je musarde au lieu de plier soigneusement mon petit linge. Mon mari et le Grand m'accompagneront à la gare ce soir, Poulette est déjà chez ses copines, ils auront la larme à l'œil, surtout mon mari, qui n'aime pas quand je m'en vais, parce que le Grand, lui, s'en fout un peu. Ils me diront, l'un de bien m'amuser, et l'autre d'être sage et de me reposer. je vous laisse deviner qui dit quoi. Bien, maintenant, faut y aller, sinon, je ne serai jamais prête.

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jeudi 22 octobre 2009

Ça ira

Demain est une très lourde journée. Bon.
Et après, c'est les vacances. Je pars quelques jours voir plus loin si le ciel est aussi beau qu'on le dit. Je pars sans enfants. Sans mari. Avec mon billet de train et ma valise. Vous serez sans nouvelles de moi quelques jours.

Allez, n'ayez pas peur, ça va bien se passer. Il faut parfois se séparer, les retrouvailles n'en sont que plus chaleureuses. Quand je rentrerai, j'aurai plein de choses à vous raconter. Parce que là, franchement, à part pleurer sur le fait qu'on fait des économies sur le dos des gamins qui ont le plus besoin de soutien, je n'ai pas grand chose à vous dire. J'ai appris aujourd'hui que l'AVS* prévu pour un de mes lascars en situation de handicap ne viendra pas. L'enfant en question est trop en difficulté, il devrait aller en classe spécialisée à effectif réduit. Bien sûr, il n'y a plus de place dans cette classe, alors le pauvre môme va rester dans ma classe à jouer les plantes vertes sans aucune aide. J'ai reçu le papa, ce soir, il est en colère. Je le comprends. Le message qu'il a reçu, c'est qu'on reconnaît les difficultés de son fils, mais qu'on ne l'aidera en aucune manière. Ben voilà. c'est le deuxième dans ce cas dans cette classe. Et à la rentrée, un nouvel élève arrive. Youpi !

J'ai hâte de partir, de mettre un peu de distance entre mon boulot et moi. Je vous le disais que je n'étais pas très drôle.

*AVS : assistant de vie scolaire, adulte qui aide l'enfant handicapé en répétant les consignes, en canalisant son attention, en lui servant de secrétaire ou en l'aidant dans ses déplacements en cas de handicap physique et permet ainsi une scolarisation dans une classe "normale".

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