c'est du tout venant

Le tout venant, c'est ce qui n'est pas trié.

14 mai 2008

Le passage Lanriec

Pour aller du passage Lanriec en Ville Close, on peut contourner le port par la route qui passe sous le pont du Moros, on peut aussi se payer une petite croisière de quelques minutes en prenant le bac. Le "p'tit Château" ( c'est le nom du bac ) vous emmène de l'autre côté : à Concarneau.
C'est Jos qui barre.
Ici, tout le monde connait Jos, un homme sec, déjà âgé, raide et droit dans ses bottes. Peu loquace, il répond d'un signe de tête au bonjour que chacun lui adresse en lui tendant son ticket. Si vous n'avez pas de ticket, il vous vend la place et la déchire aussitôt sans lever les yeux sur vous.
Dès que le bac est complet ou tout simplement que plus personne ne désire monter, la traversée peut commencer.
Et là, c'est l'aventure.
Jos manie son embarcation sans hésitation. Marche arrière pour se dégager du quai, puis avant toute, direction le quai des nuls. A l'arrivée, même dextérité dans la manœuvre.
Jos n'a pas toujours conduit le bac et mené l'aventure pour les touristes.

Il y a longtemps, il était le patron d'un petit chalutier qui partait avec la marée et vendait sa pêche à la criée.
Il avait deux hommes à son bord pour manier le chalut et trier le poisson. Quand ils rentraient, ils partaient avec leur godaille, et Jos espérait que les mareyeurs donneraient un bon prix de leur pêche. Il savait que la route vers chez eux  serait  longue, et chaude. Car le chemin avait autant de haltes que de cafés pour étancher la soif que l'air marin  provoque.
Si l'Eugène ne tardait pas trop, pressé de retrouver sa Maryse et les pissouses, Guillaume en revanche traînait avec Jos de tournées en godets toujours à fêter, toujours à arroser. Guillaume et Jos se connaissaient depuis l'enfance. Embarqués  comme mousses au même âge, ils avaient connu ensemble leurs premières terreurs devant les cris des marins, les creux et le noir de la mer quand elle est mauvaise. Ils avaient bu, enfants, ce qu'on leur avait donné, pour affronter ces dangers, pour avoir moins froid, pour oublier leur mère et ne pas pleurer. Les premières gorgées leur avaient brûlé le gosier et noyé leur regard dans un brouillard réconfortant. Et tout avait semblé plus facile.

 

Jos avait signé sur le registre en qualité de témoin au mariage de Guillaume et de Marie. Guillaume était le parrain du premier fils de Jos.
Jos et Guillaume étaient frères.
Quand Jos avait acheté le petit chalutier et qu'il avait cherché un équipage, Guillaume avait aussitôt laissé sa place pour rejoindre son poteau et maintenant patron.

Et quand la pêche était bonne, on les entendait gueuler dans les bars sur le port.
Et ils rentraient l'haleine aigre et le pas hésitant.
Un soir de bamboche, où ils avaient nocé, où ils étaient sortis défaits de leur dernier café, Jos ou est-ce Guillaume avait pour rire laissé supposer que l'honnêteté de leurs épouses laissait à désirer.
C'en était suivi une bourrade, puis un coup dans la mâchoire et une bagarre mémorable.
Il avait fallu des moins saouls qu'eux pour les séparer.
Et chacun était parti de son côté, l'œil mauvais.
Le lendemain, on chercha Guillaume.
Marie l'avait attendu toute la nuit, d'abord furieuse puis inquiète. Et c'est angoissée et tremblante qu'elle était venue chercher Jos et le tirer du lit pour savoir ce qu'il était advenu de son ivrogne de mari.
On repêcha son corps de noyé en face du chantier. Il avait voulu rejoindre le passage Lanriec à la nage.

Jos a vendu son chalutier, il a cessé de boire et est devenu, pour la ville, le capitaine du bac.

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13 mai 2008

Mère d'ados, merdalors

Vous ne le savez pas mais en plus d'un mari, je suis flanquée de deux rejetons poussés en graine.

Un grand Loulou que je berçais  en chantant « Jean de la lune » dans les couloirs de la maternité. Je n'imaginais pas qu'un jour, l'adorable nourrisson ferait 1,85 m, aurait quelques poils au menton et me parlerait d'une voix de stentor. Ou plutôt si, je le savais, mais je ne pensais pas que ça me ferait cet effet-là.
J'ai aussi une Poupounette jolie, toute en manières, charmante, si si je vous le dis, c'est même les autres qui me le disent parce que nous, à la maison, son père et moi, on s'en rend pas vraiment compte. C'est plutôt mauvaise humeur et soupe à la grimace à tous les repas.

Je dis ça, mais on a quand même de bons moments, surtout quand ils ont besoin d'un taxi pour aller voir les copains ou d'une rallonge d'argent de poche.

Malgré le nuage morose dont ils peuvent  parfois nimber la maison, ces aimables chérubins sont indispensables.

Et voilà, comme je suis très courageuse, je suis partie quelques jours avec eux et leurs copains en Bretagne. Un camp d'ados, à moi toute seule : économe, animatrice, chauffeur, lingère. Et de retour chez nous, j'ai eu comme un coup de mou.

Le Grand, il est interne à 35 bornes, répète à l'envi, qu'après le bac, dans 18 mois ( demain quoi), il part à Brest. Plus à l'ouest, c'est l'Amérique. Il vient de recevoir sa convocation pour la journée d'appel. Il a terminé ses leçons de conduite et peut conduire avec nous.

Quant à la Poulette, elle veut terminer ses années lycée en pensionnat. Là où sa mère et sa grand-mère ont étudié. A l'occasion d'un vaccin, elle est sortie de chez le toubib avec des envies de contraceptifs.

Et moi du coup, je me sens vieille.

Les beaux jours venant, je me suis mise au régime. Hors de question de devenir vieille et grosse. mais je ne suis pas sûre que les privations soient très bonnes pour le moral. Et voilà pourquoi, certains soirs, docteur, j'ai un peu l'humeur en berne.

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07 mai 2008

Gisors

Vous connaissez Gisors?  Non. Mais si...le château-fort et le mystère des Templiers, l'église Saint Gervais Saint Protais, bijou d'architecture gothique et de la renaissance; ça y est , vous voyez. Bon, pour ceux qui vraiment n'en ont jamais entendu parler, Gisors est une petite ville, enfin un gros bourg, à la limite du Vexin Normand et du Vexin Français, côté Normandie. A Gisors, il y a des spécialités, les crues de l'Epte qui noient régulièrement la rue du Faubourg Capville, les graffitis des cachots du château, la pâtisserie en face du passage du Monarque. Il y a aussi, dans les rues de Gisors, quelqu'un que vous ne pouvez pas manquer le lundi, jour de marché.

C'est une vieille femme qui tire un cabas à roulettes, accompagnée de ses chiens. De loin, on la plaint, on l'admire pour son courage, car par tous les temps, elle glane des légumes après que les marchands ont remballé leur étalage. Elle est toujours seule. Si vous regardez plus attentivement, vous verrez qu'elle a le teint hâlé par la vie au grand air, que son imper est imprimé léopard, que ses chiens sont très vieux et attelés au cabas. Si vous vous approchez, vous l'entendrez parler d'une voix de crécelle, vous plaindrez les pauvres chiens qu'elle engueule tout le temps, les malheureuse bêtes sont pelées et avancent tête basse, la queue entre les pattes. C'est à ce moment-là, que vous  vous demanderez si Gisors ne tire pas sa richesses d'usines de traitement de déchets ou si les nombreuses tanneries qui longeaient la Troësne n'ont pas repris du service. Faites trois pas en arrière, et l'idée est partie. Oui, c'est bien elle qui sent ainsi, un mélange de vieille pisse, de sueur, de mauvais vin. Et ce teint de starlette, en y regardant bien, ce sont des couches et des couches de fond de teint appliquées sans souci d'économie sur une peau grise. Son rouge à lèvres déborde largement, les sourcils, deux traits de crayon noir et sur les pommettes, des ronds de fard à joue achèvent le tableau. Elle est coquette et s'habille avec soin. Sous l'imper, parfois ouvert, on peut voir des dentelles empesées de crasse.

Quand elle monte à la poste, malgré les portes ouvertes, elle fait le vide autour d'elle.
Et mauvaise avec ça, brutale avec ses chiens, odieuse quand on la sert, elle rabroue toute personne qui ose l'approcher. Dans Gisors, c'est bien simple, vu l'amour qu'elle inspire, on l'appelle la vieille qui pue.

Je connais son histoire.

Yvonne était belle à ravir, pimpante, pétulante, pour qui aime les petites brunes piquantes. Un peu hautaine parfois, mais elle savait plaire aux hommes et ses remarques mordantes et ses réparties moqueuses attisaient leur désir. Quand elle remontait la rue de Vienne, le long des vieilles maisons à colombages, tous les yeux se tournaient vers elle. Elle riait des jeunes qui rosissaient d'émotion sous son regard, elle riait avec les vieux qui l'invitaient à partager leur table "Aux trois poissons". Elle rembarrait aussi souvent sa sœur Muguette. Car si on les confondait, elles ne se ressemblaient guère.

Muguette était l'aînée, et jalouse de son rang, elle trouvait insultant de toujours se voir préférer la cadette.

C'est que la vie n'est pas juste, et qu'elle n'avait pas distribué les talents de façon équitable.

Yvonne avait l'esprit enjoué, et derrière ses plaisanteries, se cachait une finesse et une humeur égale qui en faisaient une compagne agréable et sans histoire. Muguette avait l'esprit buté, prompt à railler les travers des autres,et envieuse, embrouilleuse, une fieffée emmerdeuse.

Tout ce qui faisait le charme d'Yvonne était exacerbé chez Muguette et se muait en défaut.

Yvonne était crâneuse, Muguette était pimbêche. Yvonne était fine et légère, Muguette, sèche et osseuse. Yvonne plaisantait et Muguette persifflait. Les manières d'Yvonne viraient à l'affèterie chez Muguette.

Bref, si on aimait Yvonne et l'invitait souvent; Muguette suivait parfois et faisait tapisserie.               

Hélas, les bombes qui tombèrent sur Gisors en juin 1940, ne firent pas que raser les maisons à pans de bois, elles tuèrent aussi la belle Yvonne et ses parents, laissant Muguette seule.

Dans les année qui suivirent la fin du conflit, quand on eut reconstruit les maisons et créé la place du marché,on eut pitié de cette pauvre Muguette toute seule désormais. On lui proposa du travail, elle aida chez le marchand de couleurs à côté du lavoir, mais son ton autoritaire et son manque de patience faisaient fuir la clientèle. On désespéra.Tous les bons conseils étaient vains, toutes les gentillesses rejetées. On finit par penser que la mort avait fait le mauvais choix en laissant là Muguette, qui emmerdait le monde, mais qui faisait la belle en singeant à outrance les mines de sa regrettée  sœur.

Elle repoussait toutes les occasions qui s'offraient à elle d'oublier ses défunts, elle avait même renvoyé les rares hommes qui voyaient en elle le moyen de s'installer, elle avait un peu de bien. Elle s'aigrit davantage, négligea son hygiène, but plus que de raison. Elle habite toujours la maison de ses parents aussi décrépite qu'elle.

Muguette est devenue la vieille qui pue.

 

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03 mai 2008

Bouquin

J'aime me promener sur les quais quand le printemps revient et qu'une douce chaleur pousse mon dos à aller un peu plus loin. La lumière nouvelle donne aux visages des badauds une mine accorte, leur bonhomie répondant  à mon air réjoui.
Sans doute ai-je l'air niais à déambuler ainsi.
Je vais.
Je fouille dans les grosses boîtes vertes accrochées au muret qui longe le fleuve. Je cherche. Quoi au juste, je ne sais pas.
Un livre rare ou une gravure qui me racontera une histoire.
Une bande dessinée peuple la jungle d'éléphants menaçants, de tigres effrayants et de gentils sauvages. Un manuel d'histoire donne des couleurs à Saint Louis sous son chêne, à Jeanne d'Arc devant Orléans.
Les éditions originales ne m'intéressent pas, je ne suis pas collectionneuse. Je préfère un livre de poche corné et annoté.

Un jour, j'ai trouvé un livre d'Anatole France.
Vieille baderne, direz-vous, et alors.
J'ai relu tout émue, ses souvenirs d'enfance qui rejoignent les miens quand Le livre de mon ami donnait textes de dictée ou séances de lecture.
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Je l'aurais voulu neuf que je n'aurais pas pu.
Il n'est plus édité.

Mon mari trouve ça mièvre( ce que j'écris , pas Anatole France, quoique... ) et je l'emmerde.

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30 avril 2008

Bonjour

L'an dernier, j'effectuai un remplacement loin de chez moi, avec des horaires pas sympa dans un lieu bruyant devant un public remuant. Une vraie galère. Mais comme tout n'est jamais tout noir, il avait là aussi, juste à côté, de l'autre côté de la porte, une collègue voisine. Chaleureuse, la collègue, accueillante et avenante.
Elle aimait bricoler, fabriquer, bidouiller, et trouvait tout un tas d'idées sur des blogs.
Elle avait même décidé d'en ouvrir un .
Blog ? blog vous dites.
Oui, j'avais bien entendu parler de blogs( des truc d'adolescentes pour échanger de la musique , des photos et faire part de ses premiers émois), ma fille en avait tenu un quelques jours. Oui, je savais qu'il existait des blogs qui recevaient plein de visiteurs. Je lis la presse quand même. Mais c'est tout ce que je connaissais sur le sujet.
Comme la collègue était en voie de devenir une copine, j'ai pris son adresse et celle de son blog, et puis un jour, bien après mon remplacement, j'ai décidé de lui rendre une petite visite. Virtuelle s'entend.
Et là de lien en lien, j'en ai découvert des merveilleux, des fabuleux, des drôles, des passionnants.
Il y a des nouvelles, des billets d'humeur, des photos, des dessins, des montages, des portraits.
Il y a des gens qui partent en voyage et qui vous emmènent loin, aux antipodes.
Il y a des gens qui me font rire, ou bien rêver.
J'ai commencé à laisser des commentaires chez qui me plaisait.
Et puis, j'ai participé à des jeux d'écriture. Et on m'a encouragée (c'est un monde gentil où tout le monde, il est gentil).On a même parlé d'un coup de pouce, moi, j'avais tendance à penser que le coup de pied au cul serait plus efficace. Faut croire que non.
Ça y est, je saute le pas.
Les débuts risquent d'être un peu austères. Mais il n'est pas impossible que je réussisse à mettre quelques photos, à améliorer le contenu et à orner les abords. Patience.
Mais avant de terminer ce premier billet, je voudrais dire merci à Muvapa pour m'avoir initiée au monde fantastique des blogs.
MERCI MUVAPA
Je pourrais baiser tes pieds pour cela.

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